Sécurité et sureté maritimes et développement en Afrique : l’Union africaine adopte la Charte de Lomé

18 oct. 2016

Vue partielle du panel co-animé par Mme Lo Ndiaye (au centre). Crédit photo : Emile Kenkou/Pnud Togo

La Charte de l’Union africaine sur la sécurité et la sureté maritimes et le développement a été adoptée ce samedi, 15 octobre 2016 à Lomé par les Chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine. C’est le président congolais, Denis Sassou Nguesso qui a rendu publique la motion d’adoption. Il a qualifié le travail bref fait par les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine d' « historique". « C’est un geste on ne peut plus historique dans la vie de notre continent », a-t-il dit.

De son côté, le président en exercice de l’Union africaine, le Tchadien Idriss Deby Itno a exhorté ses pairs à œuvrer pour la ratification rapide de cette charte afin que les maux dont souffrent les mers et les océans africains trouvent des solutions. “L’aboutissement heureux du long et laborieux processus ayant conduit à l’adoption de la Charte de Lomé n’est qu’un premier pas d’une nouvelle étape dans sa mise en œuvre. Notre volonté commune de nous doter de ce précieux instrument juridique devrait aussi se traduire par notre détermination à le rendre applicable et opérationnel à travers sa ratification. Dans cette perspective, je vous invite à faire de l’entrée en vigueur de la charte, un objectif primordial", a-t-il relevé.

Le Secrétaire général de l’ONU, M. Ban ki-moon a de son côté adressé un message au Chef de l’Etat togolais, Faure Gnassingbé, hôte du sommet. "La Charte de l’Union africaine sur la sécurité et la sûreté maritimes et le développement en Afrique, signée aujourd’hui, couronne des années d’efforts visant à transformer les eaux africaines en un puissant agent de croissance, de développement et de sécurité humaine. Elle illustre de manière éclatante que le continent est déterminé à créer une « économie bleue » sûre, prospère et durable » a t-il dit. « Vous pouvez compter sur l’appui indéfectible de l’Organisation des Nations Unies à l’action que vous menez ensemble pour atteindre cet objectif » a t-il conclu.

La signature de ce texte est intervenue quelques deux heures après la cérémonie d’ouverture de cette session extraordinaire de l’organisation commune africaine qui s’est tenue du 10 au 15 octobre 2016 au Togo.

Deux panels pour poursuivre le débat

En marge de la session à huis clos des Chefs d’Etat, deux panels de haut niveau sur les enjeux de la sécurité et la sureté maritimes ont eu lieu. Le premier panel axé sur "La sécurisation des espaces maritimes : un enjeu central pour le développement durable du continent » a été co- animé par Mme Khardiata Lo N’Diaye, la Coordonnatrice du Système des Nations Unies et Représentante résidente du PNUD au Togo et le Président de la Commission de la Cedeao, M. Marcel de Souza.

Après avoir fait l’état des lieux sur la part importante de l’économie maritime africaine (plus de 90% des échanges se font par voie maritime), les contraintes et défis liés aux menaces en tout genres, Mme Lo N’Diaye a estimé que l’Afrique a tout à gagner dans la sûreté et la sécurité maritimes pour son développement. "Les zones maritimes sous juridiction africaine s’étendent sur près de 13 millions de km2, en d’autres termes, les deux tiers de la superficie de l’Afrique se trouvent sous la mer. Or les richesses qui gisent dans ces fonds marins ne sont pas toutes explorées, bien évaluées et protégés » a  t-elle déclaré.

Elle s’est en outre félicitée de la prise de conscience au plus haut sommet politique de l’Afrique. « Mais cette prise de conscience doit être canalisée vers des objectifs de renforcement institutionnel et coordination» a t-elle souligné au regard du foisonnement d’organisations régionales et sous régionales impliquées dans la gouvernance maritime. Elle a également salué la création d’un fonds maritime alimenté par les ressources domestiques et les contributions de partenaires qui disposent de grandes flottes ou qui ont une part importante dans le commerce mondial.

Tout en saluant les efforts et les progrès réalisés dans la lutte contre la piraterie maritime grâce à la coopération régionale et internationale, Mme Lo N’Diaye citant un récent rapport du Secrétaire General de l ONU a encouragé les pays à s’attaquer aux causes. Se référant au cas de la Somalie par exemple. "Les causes fondamentales n’ont pas changé. Aux yeux du gouvernement somalien et des partenaires internationaux, l’absence de perspectives économiques est la cause principale du recrutement des pirates. Les réseaux criminels n’ont pas été anéantis et si rien n’est fait pour modifier ces facteurs sous-jacents et lutter contre ces réseaux, la piraterie pourrait refaire surface » a t elle conclu citant ce rapport.