Changements climatiques et droits de l’homme

L’Afrique veut parler d’une même voix

Lomé, le 16 septembre 2009 : « L’homme utilise mal la nature. Les premiers à souffrir de ce changement climatique sont les enfants» c’est le cri de détresse de Ngossé,  jeune sénégalais de 19 ans sur le site www.uniteforclimate.org , une plate forme virtuelle de rencontre des  jeunes du monde qui échangent sur le changement climatique. Depuis quelques mois, plusieurs pays de la sous région ouest africaine, notamment le Burkina Faso, le Bénin,  le Niger, le Mali, le Ghana,  le Sénégal et le Togo font face à une série d’inondations dues à de fortes intempéries jamais connues jusque là. Ces catastrophes naturelles ont déjà causées d’importants dégâts matériels et humains évalués à des centaines de millions de dollars selon le bureau des Nations Unies pour les Affaires humanitaires.

    Un marché inondé dans un quartier à la périphérie de Lomé

Les changements climatiques ont traditionnellement été considérés comme une question environnementale. Plus récemment, ils ont commencé à être appréhendés sous l’angle économique. Aujourd’hui de plus en plus de voix s’élèvent pour reconnaitre que le changement climatique doit être vu sous un angle humain et social. C’est ce qui justifie la tenue d’une conférence régionale regroupant les pays de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) à Lomé au Togo sous l’égide des Nations Unies. Il s’agit pour la centaine de participants regroupant des experts, représentants de gouvernement ouest africains et de la société civile de parler d’une même voix et de plaider pour une plus grande prise de conscience par les Etats membres de la CEDEAO, de la pertinence de l’approche « droits de l’homme » dans la résolution des défis de protection liés aux changements climatiques.  « Les impacts du changement climatique sont en train de compromettre les efforts de nos Etats pour la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement et la jouissance effective des droits de l’homme » dira Mme Rosine Sori-Coulibaly, Coordonnateur du Système des Nations Unies à l’ouverture des travaux.

 

 

L’eau a complètement envahi les habitations mettant les populations dans une situation de précarité grave
Cet élargissement du débat sur les changements climatiques est reflété dans la résolution 7/23 Conseil des droits de l’homme, en date du  28 mars 2008, intitulée « Droits de l’homme et changements climatiques ». Dans cette résolution, le Conseil exprime sa préoccupation sur le fait que « les changements climatiques font peser une menace immédiate et de grande ampleur sur les populations et les communautés de par le monde et ont des répercussions sur la jouissance effective des droits de l’homme. »  Dans la même lignée, le rapport du Haut Commissaire aux Droits de l’Homme (A/HRC/10/61), produit dans le cadre de la mise en œuvre de cette résolution, explore plus en profondeur la relation entre les changements climatiques et les droits de l’homme. Selon ce rapport, les effets liés aux changements climatiques constituent une menace pour nombre de droits de l’homme, y compris le droit à la vie, le droit à l’eau potable et à une nourriture saine, le droit à la santé et le droit à un habitat décent. Cette perspective « droits de l’homme » des changements climatiques montre que ces changements vont frapper plus durement les pays et les communautés les plus pauvres de la planète, et que des groupes vulnérables spécifiques, à l’instar des femmes, des enfants et des communautés indigènes sont plus particulièrement à risque.  Lors des débats, les participants ont appelé les dirigeants à prendre un certain nombre de mesures urgentes : adopter une directive qui protège les victimes des changements climatiques ; constituer un fonds d’urgence national dans chaque pays afin de venir en aide aux populations touchées ; entamer des réflexions sur les catégories socio professionnelles (pèches, agriculture, etc.) et les zones géographiques afin de faire un diagnostique complet sur leur vulnérabilité face au phénomène.

La Déclaration de Lomé

L’acte clé de cette assise a été « La Déclaration de Lomé » présentée lors de la cérémonie de clôture en présence du Premier ministre togolais Gilbert Houngbo. Elle devra servir de contribution des Etats membres de la CEDEAO à la 15ème Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP15), qui se tiendra du 7 au 18 décembre 2009 à Copenhague, en Suède. Aux termes de cette déclaration, les participants préconisent la promotion de l’utilisation d’une approche basée sur les droits de l’homme pour répondre aux défis des changements climatiques dans la sous région et la création d’un fonds spécial pour répondre à l’impact induit du changement climatique sur les populations affectées. Ils estiment aussi nécessaire la rédaction d’un nouvel instrument juridique visant à protéger les personnes déplacées par les effets des changements climatiques, de même que la mise en place d’une plate forme régional pour la constitution d’une base de données et l’échange d’information pour les Etats membres de la CEDEAO.

 

 

 

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